C'est en novembre ou en décembre peut-être ?! Je ne me souviens plus très bien. Je me suis allongée dans un pré qui longe la lisière d'une forêt. Je me suis bien couverte car le froid est saisissant et le vent se veut tranchant comme des lames de rasoir. Je me suis assise quelques minutes dans la neige qui recouvre toute la pleine et ai fini par m'endormir. Quand je me réveille après une heures ou deux de profond sommeil, mes muscles sont engourdis par le froid et mes vêtements trempés par la neige ayant fondu sous la chaleur de mon corps emmitouflé sous des tonnes de pulls. Le soleil a disparu derrière d'énormes nuages sombres. L'obscurité hivernale c'est étendue sur tout le champ. Je plisse les yeux pour que mes pupilles s'habituent au changement de luminosité. Je suis entourée de prairies blanches de neige. A ma droite, se dresse la forêt imposante et peu rassurante. Pour rentrer à la ferme, je décide de prendre un raccourci par la forêt. C'est avec une angoisse grandissante que je m'approche du sentier glacé qui entre dangereusement dans la pénombre du bois. Je m'avance lentement sur la glace qui recouvre le sol et fait en sorte de ne pas me casser la figure. C'est impressionnant comme de nuit les bruits de la forêt se font plus distincts que de jour. Je prends le temps de bien écouter tout les sons terrifiants qui semblent sortir des arbres. Je vois mieux maintenant que mes yeux se sont habitués à la noirceur de cette nuit d'hiver et continue ma marche vers l'inconnu (ou presque).
Je crois voir des ombres danser autour de mon corps chétif. Les arbres murmurent des mots incompréhensibles. J'entends une respiration lente qui semble venir du côté gauche du chemin. Mon coeur a cessé de battre et c'est avec une lenteur interminable que je pivote la tête vers ce souffle. Contre le tronc d'un arbre, une ombre tient une pomme-de pin dans une main semblable à une serre et me regarde avec des yeux rouges tel la lave d'un volcan. Bientôt, la silhouette d'un jeune homme se dessine dans le noir de la nuit. Il est grand et plutôt maigrichon. Il m'est impossible de lui donner un âge. Sa peau est blanche comme la porcelaine, et sa bouche d'un rouge éclatant. Je le dévisage encore et encore. Une longue chevelure ébène tombe sur ses épaules à demi-cachées sous une cape noire aux bordures dorées. Je remarque un pendentif en or blanc qui pend autour de son coup. Ce collier possède deux parties biens différentes l'une de l'autre: un côté est sûrement en or blanc et représente la moitié d'une tête de démon tenant dans sa gueule une rose incrustée de rubis, le second côté est de couleur noire et porte l'autre moitié de la tête du démon. Le garçon me fixe à son tour avec un sourire mesquin sur son visage voilé à présent d'un masque que je n'avais pas aperçu avant.
Nous restons comme ça au milieu de cette forêt, à nous regarder comme deux inconnus. Il fini par rompre cette conversation silencieuse qui se passe entre nos deux subconscients, en s'approchant soigneusement de moi. Je ne le quitte pas des yeux comme si j'avais peur qu'il s'évapore tel un rêve. Il se déplace avec une légèreté surnaturelle, et je peux voir ses muscles ondulés sous sa fine couche de peau. Il me lance des regards provocateurs comme pour attendre une réaction de ma part. En une demie-seconde, j'ai l'impression qu'il disparaît dans une fumée noire pour finalement se retrouver derrière moi. Il se déplace rapidement, dans cette semi-téléportation de son corps dans ses nuages sombres. Il fredonne une mélodie dramatique, dans ce jeu que lui seul semble comprendre et aimer. Je regarde droit devant moi en restant le plus possible sereine. Un petit sourire se dessine sur mon visage immobile, lorsque il s'arrête de bouger pour se placer juste devant moi, à quelques centimètres à peine de ma figure.
"Connais-tu la Mort, jeune et belle inconnue ?!" me chuchote-il en penchant sa tête sur le côté. Je fais mine de rire avant de m'apercevoir qu'il est sérieux. Je m'efforce de garder ma dignité et le fixe bien droit dans les yeux : "Sûrement que oui..." Cette réponse semble le satisfaire. Nous parlons tout bas comme pour ne pas réveiller les esprits perdus de la forêt. "Très bien. Mais en as-tu peur ?!" continue-t-il sur le même ton séducteur. Je réfléchi quelques instants avant de répondre avec tact : "Non." Il passe sa langue sur ces lèvres en ricanant. Il se rapproche encore plus de moi et passe ses mains dans le bas de mon dos. A ce moment précis, ce démon me fait mourir de peur mais je continue d'ignorer mes sentiments pour ne pas perdre la face devant cet être désagréable. "Vraiment ?" dit-il sans paraître surpris. Il caresse doucement mon coup d'une main squelettique et froide. Je ferme les yeux pour éviter que des larmes de peur coulent sur mon visage. "Oui." lui répondis-je enfin avec une pointe d'énervement dans la voix. Il s'éloigna de moi et disparu dans un nuage de noir.
Après cette mystérieuse apparition, le temps paraît s'être arrêté. Tout est silencieux, dans le bois. Un peu surprise par tout ce qui vient de se passer, c'est avec des rêves pleins la tête que je reprends ma route. Les nuages se sont écartés pour laisser place à une lune étincelante. J'arrive près d'une rivière. Les rayons de la lune se reflètent sur l'eau claire. Un petit pont permet de passer sur l'autre rive, je m'y aventure. Les planches de bois craquent sous mes pieds. Je me penche un petit peu pour observer le reflet de mon visage dans l'eau, et m'aperçois que je suis surveillée. Je me retourne pour constater que le démon se tient percher dans un arbre et me regarde avec la même expression provocatrice que toute à l'heure. Bien décidée à ne pas perdre le jeu qu'il a lancé entre nous, je me dirige en courant au bas de l'arbre où se dernier s'est réfugié pour mieux me contemplé. "Mais que veux-tu à la fin !?" je crie de toutes mes forces tellement la colère est vive en moi. Je peux l'entendre rire depuis son perchoir, puis il disparaît de nouveau dans une ombre. Il est juste à mes côtés lorsqu'il me susurre : "Mais toi voyons." Je souris tant bien que mal pour voiler mes angoisses qui prennent le dessus. Mais cet être paraît connaître mes moindres craintes, mêmes celles que je veux me cacher. Je commence à croire que je ne l'ai pas rencontrer pour rien, je ne crois pas au hasard. Je fini par me retourner sauvagement et courir le plus vite possible dans la direction opposé de ce diable. Je cours à en perdre l'haleine et ne renonçant pas à l'envie de lui échapper ; je continue sans m'arrêter.
La lune est toujours la reine, dans le ciel noir. Les arbres ne sont plus qu'un rideau défilant plus vite que la lumière, à mes yeux. Le vent souffle plus que jamais. Je glisse sur la glace, tombe dans la neige parsemée de boue et me relève sans perdre de vitesse. Le démon est toujours près de moi, il ne me lâche pas d'une semelle. Il essaye de m'égarer dans des buées noires qui lui permettent de se déplacer avec aisance. Mais je les écarte de moi avec un geste de main comme pour regarder derrière une toile. J'arrive à proximité d'un champ qui longe la forêt pendant quelques mètres. Sans hésiter une secondes, je plonge dans les herbes hautes de manière à ce que je puisse me cacher. Je m'assois dans l'ombre d'un rocher. J'essaye de reprendre mon souffle avec difficulté. "Comme si tu pouvais m'échapper... Je suis ton destin !" Je plaque mes mains contre mes oreilles et ferme les yeux pour me sortir de ce cauchemar. Quand je relève la tête, je découvre que je suis prisonnière de ma propre cachette. Le fantôme a encerclé le gros caillou d'ombres noires. Les rayons de la lune n'arrivent pas à pénétrer dans cette prison où la lumière est inexistante. Je pleure, c'est plus fort que moi : je suis fatiguée, j'ai froid, et en plus de ça j'ai peur de cet homme étrange qui me hante. "N'essaye pas de lutter contre moi, tu te fatigue pour rien. Je te le dis : Je suis ton Destin. Prends ma main !" Me dit-il en tendant sa main dans ma direction. Je le regarde les yeux pleins de larmes. Aurait-il raison. Pourquoi lutter alors qu'il ne me veut que du bien ?! Je me lève avec difficulté, en voyant que je manque de m'effondrer le garçon se précipite pour me soutenir. Dans ces bras tout semble n'être qu'un mauvais souvenir que ce termine enfin.
La forêt tourne autour de nous. Nous restons serrer l'un contre l'autre comme deux âmes perdues, pendant un temps interminablement long. Nous nous observons sans parler. Le suspens m'est insoutenable. Et c'est sur un coup de tête que je décide de l'embrasser. A mon grand étonnement, le démon se laisse faire et paraît même aimer ça. Je me retire de lui et me confonds dans de plates excuses. Il attends que je termine mon piètre discours pour me prendre par la main. La lune est plus blanche que jamais. Le jeune homme m'interroge du regard avec une envie grandissante d'évasion. Je le suis. Nos corps s'enlacent et s'entremêlent dans l'atmosphère qui nous emmène vers un destin meilleur que celui qui m'attendais.
